Martine Peters ne s’en cache pas : cette professeure en sciences de l’éducation est avant tout une experte de l’intégrité académique – qu’elle nomme IA1. En ce qui concerne l’intelligence artificielle – IA2, puisqu’arrivée après dans cette histoire – elle navigue dans ce domaine en toute modestie, car c’est par la force des choses qu’elle y est maintenant confrontée. Un peu en même temps que nous tous, soit quand le tsunami ChatGPT a fait son entrée dans nos universités à la fin de l’année 2022, elle a été frappée par cette nouvelle réalité. C’est donc avec une grande humilité que Martine Peters est venue livrer son message à HEC Montréal en ce qui concerne la gestion des risques d’intégrité académique à l’ère de l’intelligence artificielle.

illustration d'un cerveau moitié humain moitié machine

Les réactions possibles

Martine Peters livrant sa conférence devant des personnes du corps enseignant

Lorsqu’une personne enseignante craint une hausse des cas de plagiat liés à l’intelligence artificielle, neuf réactions sont possibles. Bien que celles-ci soient tout à fait légitimes et humaines, Martine considère néanmoins les quatre premières réactions plutôt contre-productives.

Les réactions peu productives

Bref, ces quatre réactions de défense, bien qu’humaines et valables, ne sont pas viables à long terme. Au lieu de vouloir contrer l’utilisation de ces robots et de l’intelligence artificielle en général, il faut accepter que nous devons apprendre à cohabiter avec eux et y aller de réactions davantage proactives. Les voici.

Les réactions productives

Plagier. Plus facile que jamais.

Vous trouvez qu’il y a de plus en plus de plagiat dans vos classes? C’est que pour la première fois de l’histoire, il est très facile de le faire et encore plus difficile de se faire prendre la main dans le sac. Plagier est en quelque sorte devenu payant.

C’est donc cette incapacité à prouver le plagiat à l’aide de l’intelligence artificielle qui peut expliquer en partie cette crise d’intégrité intellectuelle que nous traversons en ce moment. Pour s’en sortir, il faudrait qu’il soit aussi facile de plagier que de détecter le plagiat, comme cela a déjà été le cas. Mais en attendant ce jour, il ne reste comme solution que de prévenir le plagiat en changeant les manières d’évaluer. Il faut que l’utilisation de l’intelligence artificielle à des fins de plagiat soit moins attrayante, que le jeu n’en vaille plus la chandelle.

Évaluer autrement

L’intelligence artificielle étant de plus en plus utilisée, on peut se demander pourquoi il faudrait continuer d’évaluer des tâches qui seront réalisées par celle-ci. Martine est en grande partie en accord avec cette réflexion, mais elle ajoute un bémol : selon elle, il demeure essentiel d’évaluer des tâches en début de programme de formation (à l’image des enfants qui apprennent encore à additionner 2+2 malgré l’existence des calculatrices). Cependant, il serait possible d’arrêter d’évaluer ces éléments de compétence en fin de parcours, pour mettre l’accent sur les tâches complexes qui en découlent (à l’image de la personne au secondaire qui utilise sa calculatrice dans ses examens finaux pour faire ses calculs, puisque c’est la démarche et la réflexion qui sont évaluées).

En ce qui concerne le format d’évaluation, Martine Peters ne met pas de gants blancs quand elle affirme que, à son humble avis, l’évaluation par dissertation est peut-être tout simplement dépassée à l’ère de l’intelligence artificielle. Ce n’est pas un fait qu’elle nous expose, mais le fruit de sa réflexion et sa prise de position personnelle. Elle nous propose plusieurs modèles d’évaluation innovants dont plusieurs sont simples à implanter. Je n’en nommerai que quelques-unes.

Comment cohabiter avec l’intelligence artificielle?

Nous avons vu jusqu’à présent plusieurs stratégies pédagogiques afin de limiter l’utilisation de l’intelligence artificielle. Dans les faits, limiter est une chose, mais il faut garder en tête que vous avez à cohabiter avec cette réalité déjà bien implantée. Lorsqu’il sera possible et utile pour une personne étudiante d’utiliser l’intelligence artificielle comment allez-vous gérer le tout? Plutôt que limiter l’utilisation de l’intelligence artificielle, il est préférable dès maintenant d’en faire la promotion d’une utilisation intègre, efficace et critique.

Pour Martine, la clé pour être à l’aise avec l’intelligence artificielle, c’est la transparence. Cela commence par un message clair au tout début du trimestre dans le plan de cours. Les balises et les consignes doivent être sans équivoque. Personnellement, Martine impose les cinq étapes suivantes aux membres de sa classe désirant utiliser l’intelligence artificielle :

Étapes à respecter avant d’avoir le droit d’utiliser l’intelligence artificielle

  1. Demander la permission écrite de la personne enseignante avant d’y avoir recourt
  2. Expliquer pourquoi c’est une bonne idée d’utiliser l’intelligence artificielle
  3. Si c’est accepté, être transparent dans l’utilisation et indiquer quand et comment elle a été utilisée
  4. Citer toutes ses sources
  5. Vérifier l’information provenant de l’intelligence artificielle
Photo de Martine Peters

« On ne cite pas l’intelligence artificielle. On ne la cite pas parce que ce n’est pas une personne. Par contre, il faut être transparent quant à son utilisation. »

– Martine Peters

Si vous allez de l’avant avec cette proposition, car ultimement, cela demeure votre décision, Martine vous propose également de mettre à la disposition des membres de votre classe des icones permettant l’identification rapide de ce qui a été rédigé soit par un humain, par l’intelligence artificielle ou par une hybridation des deux.

3 icones de l'IA. Le premier est un cerveau humain avec les lettres NIA pour non-recours à l'intelligence artificielle. Le deuxième est un cerveau avec des engrenages et les lettres GIA pour généré par l'intelligence artificielle. Le troisième est un cerveau humain avec des engrenages et les lettres AIA pour aidé de l'intelligence artificielle. Téléchargeable sur le site de Martine Peters : https://mpeters.uqo.ca/logos-ia-fr-peters-2023/
Icones facilitant l'identification de ce qui est fait par une personne, généré par l'intelligence artificielle ou par hybridation.

Cliquez sur l’image pour la télécharger sur le site de Martine Peters.

Nous le disions dans le début de cet article, Martine affirme que l’intégrité académique (IA1) et l’intelligence artificielle (IA2) sont toutes les deux là pour rester. C’est avec cette réflexion en tête que la professeure de l’UQO termine cette conférence en nous disant : « C’est à nous les profs de décider comment l’intelligence artificielle sera utilisée dans notre salle de classe. » Ceci nous porte à penser que nous avons peut-être plus de pouvoir que nous le pensons face à cette révolution technologique et pédagogique.

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