« Quand j’encadre, j’enseigne ! » déclare Christian Bégin, professeur associé au Département de didactique de l’Université du Québec à Montréal, en concluant la conférence « Encadrer aux cycles supérieurs ». L’invité de la Direction de l’apprentissage et de l’innovation pédagogique a partagé ce que représente à ses yeux le rôle d’un directeur ou d’une directrice de recherche aux cycles supérieurs. Celui-ci pourrait être résumé ainsi : faire progresser la personne étudiante, de la dépendance vers l’autonomie.

Mais d’où sortent-ils, d’où sortent-elles?

Les personnes responsables de direction de recherche sont parfois estomaquées de constater à quel point leurs étudiantes et étudiants semblent peu préparés lors du début de leur parcours de maitrise ou de doctorat. À cela, Christian répond qu’en effet, c’est le cas, et que cela est bien normal.

« Seule une personne qui a déjà fait une maitrise sera outillée à faire une maitrise. Seule une personne qui a déjà fait un doctorat est prête à faire un doctorat. Il ne faut pas s’attendre à ce que la personne sache tout dès le début d’un nouveau cycle universitaire. »

La personne qui arrive à la maitrise est compétente dans son domaine de recherche, certes, mais ne l’est peut-être pas dans un travail de recherche en soi. En ce qui concerne cette même personne qui arrive au troisième cycle, il est vrai de dire qu’elle est initiée à la méthode scientifique, mais cela reste une initiation. La maitrise présente une charge de travail réduite en comparaison à celle du doctorat. Bref, « encadrer, c’est enseigner » et c’est d’autant plus vrai au début de chaque cycle universitaire.

Christian Bégin, en vient donc à la conclusion qu’enseigner au 1er cycle universitaire n’est pas très différent qu’encadrer au 2e ou 3e cycle, du moins en début de parcours.

« Il ne faut pas tenir pour acquis que les étudiants sont prêts. Dans le fond, ils ne savent pas ce qui les attend, à moins d’en être à sa deuxième maitrise ou son deuxième doctorat. »

La personne responsable de la direction de la recherche ne doit donc jamais oublier qu’elle n’est pas seulement là pour encadrer, mais également pour enseigner de nouvelles tâches relatives au nouveau cycle universitaire de la personne étudiante, et ce, malgré les cours préparatoires. La personne étudiante demeure débutante face aux nouveaux savoir-faire et savoir-être relatifs à la démarche scientifique.

Cela est d’autant plus vrai au début du processus de recherche. En effet, il faut se rappeler qu’il est possible que la personne étudiante en soit à sa première recherche documentaire, à sa première rédaction du protocole de recherche, donc, à sa première rédaction scientifique.

Certaines personnes diront : « c’est en forgeant qu’on devient forgeron » en voulant se convaincre que la personne étudiante n’a qu’à débuter chacune de ces tâches et qu’elle apprendra en cours de route. C’est peut-être vrai, mais à cela Christian répond : « On ne place pas l’apprenti forgeron devant un feu sans plus d’explications. On ne lance pas une personne qui ne sait pas nager dans la section creuse de la piscine en lui disant : « je vais revenir dans une heure ».

« Ce n’est pas du maternage que d’aider au début du processus d’apprentissage. Il faut toutefois se fixer une limite. »

De la dépendance à l’autonomie

Pour Christian , le but est de faire passer la personne étudiante, d’une posture initiale de dépendance envers sa direction de recherche vers une position d’autonomie, et ce, pour chacune des étapes de la démarche scientifique; la création de la question de recherche, la recherche littéraire, la mise en place de la méthodologie, la rédaction, etc.

Cela ne signifie pas pour autant qu’il soit nécessaire d’accompagner la personne étudiante pas à pas durant toute la durée de chacune de ces étapes et encore moins d’effectuer son travail à sa place, loin de là. Cela signifie qu’il faut lui fournir un encadrement serré au départ (phase de dépendance) jusqu’à ce que la personne étudiante ait acquis chacune des nouvelles compétences de la démarche scientifique (phase d’autonomie). L’effort ainsi plus soutenu au début diminuera tout au long du processus d’encadrement.

« Pour une soutenance de thèse par articles, je me rappelle d’un étudiant à qui j’avais demandé de faire de nombreuses corrections lors de son premier article. Lors de son troisième, je n’avais presque plus rien à ajouter! »

L’importance d’un bon « match »

Le point le plus important dans la relation d’encadrement dans les cycles supérieurs demeure pour Christian l’étape de la sélection lors de laquelle le duo se forme. Ironiquement, c’est l’étape la plus souvent escamotée.

Selon Christian, le bon « match » entre les personne étudiantes et celle responsable de la direction permet d’éviter 80% des situations difficiles. Il s’agit donc d’une étape à prendre au sérieux afin de s’assurer qu’une bonne chimie s’installe.

Les deux parties doivent s’assoir pour prendre le temps de discuter ouvertement de leurs attentes et de leurs besoins avant de s’engager dans un projet de recherche qui, rappelons-le, durera plusieurs années.

Si la personne étudiante et celle responsable de la direction de la recherche décident d’un commun accord de faire ce bout de chemin ensemble, la partie direction doit alors communiquer clairement ses « règles générales » à la partie étudiante.

Quels seront les canaux de communication? À quelle fréquence seront faits les suivis? Comment allons-nous travailler ensemble? Le mode de fonctionnement doit être explicite, connu et accepté pour qu’une bonne collaboration puisse avoir lieu.

Image tirée de la présentation de Christian Béfin

Main de fer dans un gant de velours?
Oui, mais pas tout à fait non plus