La communauté étudiante et professorale de HEC Montréal se sont donné rendez-vous pour discuter de différents enjeux touchant l’encadrement aux cycles supérieurs. Au menu de cette rencontre : les attentes et les besoins de la communauté étudiante et professorale, la qualité de l’encadrement en lien avec la persévérance scolaire, le financement des études et la question des droits d’auteur. Sihem Taboubi, a animé ce panel composé de :

Sihem Taboubi

professeure titulaire, directrice du programme de maitrise

Guy Paré

professeur titulaire, directeur du programme de doctorat en administration

Florian Carichon

Florian Carichon

étudiant au doctorat en science des données

Joé T. Martineau

professeure agrégée au département de management

Rémy El-Nemr

étudiant à la maitrise en gestion – expérience utilisateur

Constance Denis

docteure en éducation et conseillère pédagogique à l’Université de Sherbrooke

Les attentes et les besoins de la communauté étudiante et professorale

D’entrée de jeu, tous les membres du panel sont d’avis qu’il est plus qu’important de communiquer ses attentes, que l’on soit la personne encadrée ou encadrante, et de le faire avant de commencer un partenariat qui, rappelons-le, durera plusieurs années.

Point de vue étudiant

Rémy et Florian s’entendent sur le fait qu’il est primordial que la direction de la recherche soit en mesure d’aider les personnes étudiantes à développer leurs compétences en lien avec ce nouveau cycle universitaire qui débute. On en comprend qu’ils souhaitent une forme d’encadrement qui les rendra autonomes dans les tâches reliées à la démarche de recherche scientifique.

De son côté, Rémy ajoute qu’il est primordial que la relation avec la direction de recherche soit saine et qu’elle possède l’expertise en lien avec son sujet de mémoire. Florian souligne que l’adéquation entre les besoins et attentes de la partie étudiante et professorale doit être bonne pour éviter toute forme de malentendu. Il est donc vraiment important pour tous de mettre cartes sur table dès le début.

Point de vue professoral

Guy renchérit sur l’importance de l’encadrement en ce qui a trait aux compétences en lien avec la recherche. Il précise que la direction de la recherche ne doit jamais oublier que les personnes étudiantes au deuxième ou troisième cycle demeurent en apprentissage face au processus scientifique et qu’elles ne connaissent pas encore ces nouveaux savoir-faire et savoir-être.

Point de vue de notre docteure externe

Constance met en garde le corps professoral en expliquant que le rôle de la direction de la recherche est double, soit celui d’amener la personne étudiante à devenir à la fois chercheuse, mais aussi possiblement une future enseignante si celle-ci est au troisième cycle universitaire.

La qualité de l’encadrement en lien avec la persévérance scolaire

Les membres du panel s’entendent sur l’importance du « match », du « fit » lors de l’étape de la sélection. Les deux personnes doivent avoir envie de travailler ensemble.

Point de vue professoral

Joé affirme que lorsqu’elle encadre une personne dans un projet, elle est une personne empathique, patiente et bienveillante. Elle s’attend cependant que la personne qu’elle encadre soit proactive dans son développement professionnel, autonome, qu’elle démontre une discipline et une organisation. Étant une personne très occupée avec un horaire très chargé, c’est un incontournable si l’on désire qu’elle devienne notre directrice.

Guy met l’accent sur le fait que la qualité de l’encadrement aura un impact direct sur la persévérance. Il ajoute que 85% des personnes ayant obtenu un diplôme de cycle supérieur à HEC Montréal se disent satisfaits ou très satisfaits de l’encadrement qu’ils ont eu, mais que cette statistique cache le fait que ceux qui ont choisi d’abandonner l’ont peut-être fait puisqu’ils étaient déçus par leur relation pédagogique. Pour Guy, un abandon est un abandon de trop.

En ce qui concerne la relation entre personnes encadrées et encadrantes, Guy ajoute qu’il peut la qualifier de bonne quand il peut affirmer sans hésiter qu’il veut continuer de collaborer avec la personne encadrée après la remise de sa maîtrise ou de son doctorat. Après tout, l’encadrement est une relation humaine.

Point de vue de notre docteure externe

Pour Constance, un encadrement peut être qualifié de qualité si une réelle collaboration se dessine tout au long de ces trois moments clés.

  • La sélection, l’importance du bon « match »
  • Le projet, avec une communication honnête et transparente
  • L’insertion professionnelle, qui doit se réaliser tout au long du processus et non seulement à la fin

Constance souligne également qu’il est important de ne pas garder une personne étudiante dans un parcours académique si celle-ci a pris la décision éclairée d’abandonner. Cela n’aide ni la personne encadrée ni celle à la direction que de s’acharner. Elle déplore que, trop souvent, il n’existe pas de soutien pour les personnes une fois qu’elles ont décidé de tout arrêter et espère que ce sujet, trop souvent mis de côté, sera un jour discuté ouvertement dans le milieu universitaire au sens large.

Point de vue étudiant

Pour Florian, une relation de qualité en est une où les deux personnes interagissent avec maturité et où chacun fait attention à la relation professionnelle qui est en train de se construire.

Rémy rappelle que l’encadrement doit également toucher le développement des compétences en lien avec la méthode scientifique et ajoute que la direction de la recherche doit être confortable avec les erreurs en début de parcours puisque l’erreur fait partie de l’apprentissage en soi. Il souligne l’importance du lien entre la personne qui débute son parcours de maîtrise et celle qui assure sa direction. Selon lui, ce lien est unique et aura un impact majeur sur la persévérance scolaire. C’est ce premier lien qui donne le goût de poursuivre ou de tout arrêter. Si ça s’est mal passé à la maîtrise, il y a peu de chance que la personne ait le goût de poursuivre au doctorat.

Le financement des études

Dès le début, tous s’entendent pour dire qu’il s’agit d’une question très délicate, mais nécessaire. HEC Montréal profite toutefois d’une position envieuse sur ce point si nous la comparons à d’autres universités.

Point de vue professoral

Questionné sur le financement aux cycles supérieurs, Guy précise qu’il est bien conscient qu’il est difficile, pour ne pas dire impossible, de vivre avec 20 000 $ par année et qu’il est difficile de rester motivé à rédiger mémoire ou thèse lorsque le marché du travail vous offre 100 000 $ annuellement. Il dit qu’il travaille très fort pour être en mesure d’augmenter les montants offerts aux personnes étudiantes.

Même si le financement n’est pas un sujet relié à l’apprentissage, Joé souligne que cela demeure un enjeu qui est bien réel et qui peut teinter le parcours étudiant. Elle souligne le fait que souvent, les personnes étudiantes sont financées par un membre professoral qui lui est financé pour un projet. Tout cela est très délicat et elle précise que le corps professoral doit demeurer vigilant lorsqu’il est question d’argent puisque la personne étudiante est dans une position de vulnérabilité face à son mentor.

Point de vue de notre docteure externe

Constance insiste sur le fait que lorsque la recherche propose un financement externe, la pression des bailleurs de fonds devient alors importante et qu’il est difficile de l’oublier. Elle souligne que le sujet du financement doit être discuté dès le début du projet de recherche en toute transparence et avec des règles de jeu très claires pour préserver la relation d’encadrement.

Point de vue étudiant

Rémy se considère chanceux d’avoir un projet de recherche qui est financé. Il demeure parfois catégorique, ce n’est pas ce qui a orienté son choix et il serait regrettable que cela ait été le cas. Il en profite pour remercier HEC Montréal de communiquer régulièrement à la communauté étudiante les opportunités d’obtention de bourse. Son projet de recherche, il l’adore et jamais le financement n’a orienté son choix.

De son côté, Florian n’a pas eu la chance d’avoir de financement pour son projet de recherche. Il indique que cela ne devrait jamais entrer en ligne de compte puisque le parcours pour l’obtention d’un doctorant est long; il faut une motivation autre que l’argent.

Les droits d’auteur

Ce dernier sujet a été moins discuté par le panel. Une chose est certaine, le droit d’auteur est assez délicat et Guy et Joé affirment que les thèses par articles soulèvent de plus en plus de questions dans la communauté scientifique. Comment s’assurer que les articles sont vraiment la propriété de la personne étudiante déposant sa thèse ou que sa contribution est vraiment centrale si l’article présente plusieurs auteurs?

À cela, Guy assure qu’une politique s’en vient pour encadrer le tout, mais considérant que les normes et pratiques peuvent varier d’un département à l’autre, d’une science à l’autre, c’est un travail de longue haleine qui demande beaucoup de réflexion. HEC Montréal prendra sa décision lorsqu’elle aura eu la possibilité de sous-peser l’ensemble des enjeux, le tout en ayant en tête le bien-être et les impacts sur les futures carrières de sa communauté étudiante en premier lieu.

Le mot de la fin

Avant de nous quitter, nos panélistes avaient chacun un message à nous laisser.

Rémy rappelle qu’il faut avant tout choisir un sujet que l’on aime qu’il vienne avec ou sans financement.

Joé invite les personnes étudiantes à rencontrer plusieurs directrices ou directeurs avant de faire leur choix d’encadrement. Elle invite également les plus jeunes membres du corps professoral à discuter avec des mentors avant et durant leurs premiers encadrements pour recevoir des conseils judicieux.

Florian vous invite à être « l’étudiant que vous voudriez encadrer plus tard » et demande « aux professeurs de l’empathie envers l’étudiant que vous encadrez ».

Guy interpelle la communauté étudiante en leur disant : « Aidez-nous à vous encadrer en nous expliquant quel type de chercheur vous voulez être ».

Constance souligne qu’elle est agréablement surprise que les communautés étudiante et professorale soient assez ouvertes à HEC Montréal pour avoir tenu ce panel ensemble, car l’encadrement de la recherche est habituellement un tabou dans le milieu universitaire.

Sihem conclut en affirmant que « les étudiants ont peur de déranger leur direction… n’ayez pas peur ».