L’ambiance était à la fête à HEC Montréal alors que le corps enseignant était invité à participer à la Grande soirée de la rentrée 2023 organisée par la Direction de l’apprentissage et de l’innovation pédagogique (DAIP). Au programme de ce 24 août, un jeu-questionnaire, mais surtout, une conférence ayant pour thème un sujet chaud : l’intelligence artificielle (IA) en contexte d’enseignement.

Participants sur la scène pour le quiz de la rentrée

La conférence de la rentrée : vers l’intégration harmonieuse de l’IA à l’université

Sujet chaud s’il en est un, l’IA a fait son entrée en force dans le quotidien du personnel enseignant au tournant de 2023. Nous pouvons parier que les conversations continueront de tourner autour de ce sujet dans les rencontres en enseignement supérieur. Ainsi, doit-on permettre l’utilisation de l’IA en classe? Dans les travaux? Si oui, comment l’encadrer pour éviter les dérives?

Selon Dave Anctil, il ne fait aucun doute que le corps enseignant ne peut fermer les yeux sur cette nouvelle réalité. En effet, la communauté étudiante utilise déjà l’intelligence artificielle et, qu’on le veuille ou non, elle y restera et prendra plusieurs formes.

De plus en plus présente

Non seulement il est présentement possible d’utiliser l’IA par écrit, et ce, dans la langue de son choix sans même avoir besoin de connaitre le codage informatique, mais l’IA est déjà capable, entre autres, d’accepter des commandes vocales, de décoder des images et de nous traduire des textes à volonté. Qui sait ce qu’elle pourra faire demain.

« Lis-moi ce fichier et fais-en un résumé » est déjà une commande que l’on peut demander à l’intelligence artificielle. Dave Anctil ajoute que, déjà, l’IA remplace certaines tâches de journalistes, de nutritionnistes et de comptables à certains égards… ou du moins, elle les aide énormément dans leurs tâches. La liste des métiers visée semble sans fin.

L’utilisation de l’IA n’est donc plus réservée qu’aux « geeks » sachant coder, mais s’adresse maintenant à l’ensemble de la communauté, peu importe les compétences informatiques de chaque individu. D’ailleurs, selon un sondage réalisé dernièrement aux États-Unis, 58% des personnes étudiantes affirment utiliser l’IA dans plus de 50% de leurs tâches reliées à leur parcours universitaire . Rien n’indique que ce pourcentage baissera avec ce qui s’en vient dans un futur plus proche que loin.

Avec l’arrivée du module Copilot de Microsoft, qui est intégré à même les logiciels de sa suite (Word, PowerPoint, Excel et cie), l’IA ne sera qu’à un clic de souris ou à une commande vocale de nous aider tout un chacun dans une foule de tâches, et ce, que l’on soit une personne enseignante ou étudiante. Ainsi, l’intelligence artificielle s’implante de plus en plus et diversifie son offre de service.

De plus en plus intelligente

Les experts ont longtemps cru que l’IA atteindrait un jour une forme de « seuil », soit un niveau de saturation de données où la machine ne serait plus capable d’accumuler d’informations. Or, comme l’explique Dave Anctil, ce seuil n’est toujours pas atteint et tout porte à croire qu’il ne le sera surement jamais. Ce qui fait que l’IA est de plus en plus performante et continuera de l’être, et ce, de plus en plus rapidement.

Alors, quoi faire en tant que personne enseignante? Dans le large spectre des possibilités de cohabitation avec l’IA en classe, allant de l’interdiction la plus totale jusqu’à son implantation à tout vent, il va sans dire que la solution idéale se trouve quelque part entre ces deux pôles. Mais où?

Pour répondre à cette question, Dave Anctil est d’avis qu’il faut d’abord jouer de prudence individuellement, et se questionner sur notre style d’enseignement. De plus, il serait bien de se doter de balises encadrant l’utilisation de l’IA. Ces balises doivent être décidées à un niveau départemental ou individuel, plutôt qu’institutionnel ou gouvernemental, puisque chaque science et chaque cours possède une nature, des objectifs et des compétences qui lui sont propres. Bref, même si des lignes directrices peuvent se décider bien en haut de nous, c’est à la personne qui enseigne de tracer ses propres limites.

Dans tous les cas, il est évident qu’un jour ou l’autre il faudra permettre l’utilisation de l’IA pour certaines évaluations, mais aussi l’interdire dans certains cas de figure en retournant parfois à la bonne vieille formule des examens « papier-crayon » dans un environnement contrôlé. Ces décisions doivent demeurer dans les mains de la personne pédagogue en charge d’un cours et doit se faire au cas par cas, en fonction des apprentissages que l’on désire attester dans chaque cours.

Dave Anctil ajoute que ces choix doivent se faire avec une grande dose d’empathie envers soi-même, car oui, nous ferons tous des erreurs de débutant dans cette démarche d’apprivoisement de l’IA. L’important est de garder son esprit d’analyse de corriger le tir lors de ces faux pas.

Dave Anctil sur la scène

Dave Anctil PhD., est professeur de philosophie et d’intelligence artificielle au collège Jean-de-Brébeuf et chercheur affilié à l’Observatoire international sur les impacts sociétaux de l’IA et du numérique (OBVIA, Université Laval).

Page d'introduction de la présentation

L’IA peut être une alliée?

Mais si l’intelligence artificielle est de plus en plus présente et de plus en plus intelligente, comment peut-elle nous aider dans nos tâches? Pour répondre à cette question, pourquoi ne pas lui demander directement? Faites l’exercice et vous serez peut-être surpris par sa réponse.

Déjà, l’IA est capable de donner de la rétroaction aux personnes qui en font la demande. Pourquoi ne pas permettre aux personnes de votre groupe d’utiliser l’IA pour identifier des pistes de solution pour améliorer certains de leurs travaux?

Puisque l’IA peut assister une personne dans ses tâches de recherche ou d’analyse de données, pourquoi ne pas utiliser cet avantage dans un processus de rédaction de mémoire ou de thèse? Et puisque l’IA parle plusieurs langues, pourquoi ne pas utiliser cette force pour vous aider à apprendre l’espagnol, l’hébreu ou le python selon vos goûts et besoins.

Si l’IA peut être l’amie de vos étudiants et étudiantes, elle peut également devenir la vôtre dans vos tâches à vous. L’important est donc de s’en faire une alliée dans votre quotidien. Il ne reste qu’à vous assurer que votre enseignement à vous soit indispensable par la plus-value que vous lui apportez. Car après tout, à l’image d’un livre obligatoire que vous imposez ou une présentation PowerPoint que vous partagez, la richesse de vos cours ne réside pas dans ces documents en soi, mais dans votre présence et par la richesse de votre enseignement.

Et une touche de ludification

Apprendre tout en s’amusant, tel était le but premier qui a poussé l’équipe de la DAIP à modifier le programme habituel de cette soirée en y ajouter un jeu-questionnaire sur la pédagogie. Au programme : une centaine de questions portant sur les technologies en éducation, les stratégies d’enseignement, l’évaluation et bien plus encore.

En tout, huit courageux membres du corps enseignant ont croisé le fer dans une atmosphère décontractée alors que l’animateur (Pierre Guimond, concepteur pédagogique) fermait volontairement les yeux lorsque l’animatrice (Claire Aucourt, conseillère pédagogique) soufflait parfois les bonnes réponses aux concurrentes et concurrents.

Au final, c’est Francisco Guimaraes (maitre d’enseignement au Département de gestion des opérations et de la logistique) et Francesca Bonetti (professeure adjointe au Département de marketing) qui ont survécu aux 6 éliminations avant de s’affronter en ronde finale. Francesca a été nommée championne de ce duel amical.

Le format de ce jeu choisi pour l’année 2023 était celui du Maillon fort, soit une adaptation beaucoup plus sympathique et conviviale du populaire jeu télévisé The Weakest Link (le Maillon faible). Musique, infographie, mise en scène… tout y était, mais à échelle réduite bien sûr.

D’ailleurs, les membres du corps enseignant désirant répéter l’expérience de ce jeu dans leur classe sont invités à contacter la DAIP pour recevoir des conseils, la présentation PowerPoint ou des conseils sur la ludification des apprentissages.

Lamiel Brasseur, directrice de la DAIP, s’est dite emballée par cette soirée 2023 et souhaite une nouvelle fois poursuivre cette tradition avec une conférence doublée d’un jeu-questionnaire. Les thèmes de ceux-ci seront choisis à l’été 2024 afin de pouvoir répondre à la réalité toujours en évolution de la profession enseignante.

Claire Aucourt, animatrice, avec la gagnante du quiz, Francesca Bonnetti

Francesca Bonetti (professeure adjointe au Département de marketing), grande championne du quiz de la rentrée et Claire Aucourt (conseillère pédagogique, DAIP), animatrice du jeu-questionnaire.

Merci à vous

Toute l’équipe de la DAIP tient à remercier personnellement le conférencier Dave Anctil, les courageux et courageuses qui ont participé au jeu-questionnaire, et l’ensemble des personnes présentes à la Grande soirée de la rentrée.

Au plaisir de vous y voir l’an prochain!