Motivation et engagement
Un groupe-classe qui participe activement aux discussions, une étudiante qui prend des notes pendant un exposé magistral, un étudiant qui lève la main pour intervenir et apporter des nuances sur un sujet ambigu, une étudiante qui prend rendez-vous avec son enseignant après un examen mal réussi… Ces comportements observables sont tous des manifestations de l’engagement des personnes étudiantes. Mais qu’est-ce qui génère ces comportements? Par quoi sont-ils engendrés? Comment pouvez-vous les favoriser dans votre pratique enseignante?
La motivation est un élément crucial dans le processus d’apprentissage. Elle est le moteur de l’engagement qui se traduit par des comportements observables. Comprendre les mécanismes de la motivation vous permettra, en tant que personne enseignante, d’intervenir de façon plus efficace pour améliorer le niveau d’engagement dans vos cours et favoriser l’apprentissage.
La motivation en contexte scolaire se définit « comme un état dynamique qui a ses origines dans les perceptions qu’un élève a de lui-même et de son environnement et qui l’incite à choisir une activité, à s‘y engager et à persévérer dans son accomplissement afin d’atteindre un but. »
– Viau, R. (1994)

Modèle de la dynamique motivationnelle
Cette page Web vous propose de décortiquer le modèle de la dynamique motivationnelle de Viau et Louis (1997). Chacun des trois déterminants motivationnels est discuté afin que vous puissiez vous demander ce que vous pouvez faire en tant que personne enseignante pour influencer positivement la motivation de votre groupe-classe. Le but est de les garder en tête pour chaque activité d’apprentissage que vous proposez dans vos cours.
Déterminants
Le modèle de la dynamique motivationnelle en contexte scolaire développé par Viau en 1994 (puis revu avec Louis en 1997) révèle trois déterminants de la motivation. Chaque déterminant relève de la perception qu’a une personne apprenante d’une activité d’apprentissage proposée. Puisqu’il s’agit d’une perception de la réalité, celle-ci est propre à chaque individu et est jugé différemment par les membres de votre classe.
Ces trois déterminants sont :
- La perception de valeur de l’activé
- La perception de sa compétence à accomplir l’activité
- La perception de contrôlabilité de l’activité
Ces trois déterminants ont un impact direct sur les conséquences suivantes :

La dynamique motivationnelle en contexte scolaire
Viau et Louis (1997)
Perception de valeur de l’activité
Si une personne accorde de la valeur à une activité d’apprentissage, cela signifie que cela fait écho à son désir d’acquérir de nouvelles connaissances. L’activité qui lui est alors proposée répond à un but d’apprentissage.
« Est-ce que cela est m’est utile? »
« Est-ce que cela va me servir plus tard? »
Cependant, il y a des chances que certaines personnes dans votre groupe-classe aient en tête un objectif différent.
« Est-ce que cela va m’aider à avoir une bonne note à l’examen? »
« Est-ce que cela vaut beaucoup de points? »
Pour les personnes ayant en tête un but de récompense, la perception de valeur est avant tout en lien avec la notation. La perception de valeur se résume à savoir si un engagement dans l’activité d’apprentissage aura un impact positif sur la note. L’acquisition de nouvelles connaissances ou de nouvelles compétences est plutôt secondaire.
Que pouvez-vous faire en tant que personne enseignante?
La personne enseignante qui veut influencer positivement la perception de valeur d’une activité d’apprentissage doit s’assurer d’un alignement pédagogique fort faisant écho aux besoins du marché du travail ou du parcours académique. Elle motive alors les personnes étudiantes ayant un but d’apprentissage.
Par la bande, elle motive également les membres de sa classe qui poursuivent un but de récompense puisque l’activité leur permettra de bien performer aux évaluations notées.
Perception de sa compétence à accomplir l’activité
La personne se demande si le niveau de difficulté de la tâche est adapté à son niveau de compétence.
« Suis-je capable de réaliser cela? »
« Est-ce trop difficile à faire? »
Que pouvez-vous faire en tant que personne enseignante?
La personne enseignante qui veut influencer positivement la perception de compétence à accomplir une activité doit proposer des activités présentant une certaine part de défi sans que la tâche à accomplir ne semble irréalisable, à l’image de ce que propose la zone proximale de développement.
À la suite de l’activité, il importe que la rétroaction mette l’accent sur les efforts et les éléments de compétence reliés à la matière enseignée. Par exemple, si un travail demande à une personne de vulgariser oralement une théorie, l’accent devra être mis sur des éléments tels que la compréhension et la vulgarisation, et éviter les éléments comme l’aisance communicationnelle s’il ne s’agit pas d’un objectif du cours.
De même, la personne enseignante doit privilégier les formulations du style « Tu as bien fait sur ces points. » et éviter les commentaires se rattachant à la personne comme « Tu as un talent naturel. » Une rétroaction mettant l’accent sur les éléments sur lequel la personne peut développer sa compétence aura un impact positif sur sa motivation.
Perception de la contrôlabilité de l’activité
La personne jugera que l’activité d’apprentissage est motivante si elle peut y aller d’une forme de latitude dans le choix de ses actions.
« Est-ce que j’ai la possibilité de faire une différence dans ce projet? »
Elle pourrait par exemple choisir l’angle de traitement d’une étude de cas ou, à l’inverse, choisir l’objet de l’étude de cas pour faire une analyse.
Le concept de contrôlabilité est beaucoup plus large que la simple latitude dans l’action.
La personne se demandera aussi si elle a le contrôle sur le jugement qui sera posé sur sa réalisation de l’activité d’apprentissage.
« Est-ce que la correction est objective? »
Dans ce contexte, la contrôlabilité représente également le désir que son effort soit objectivement reconnu dans la notation et non de façon subjective ou partiale.
Que pouvez-vous faire en tant que personne enseignante?
La personne enseignante qui veut influencer positivement la perception de contrôlabilité de l’activité peut offrir des choix. Par exemple, laisser la personne étudiante choisir des éléments dans la démarche ou le format d’un travail demandé peut favorise la motivation.
Au niveau de l’évaluation, que celle-ci soit notée ou non, il est important de formuler des attentes, des consignes et des critères de correction clairs et explicites. Un des moyens d’y parvenir est d’utiliser une grille critériée et de la présenter au groupe-classe avant la tenue de l’activité d’apprentissage.
Engagement cognitif et persévérance
Lorsque la motivation est au rendez-vous, c’est-à-dire que ses déterminants ont été mobilisé, les indicateurs deviennent visibles pour la personne enseignante. En effet, la personne motivée adoptera des comportements d’engagement cognitif (participer aux discussions, poser des questions, prendre des notes, jouer un rôle, etc.) et investira également le temps nécessaire à sa réussite de l’activité (persévérance). Ces comportements auront un impact positif sur la performance et favoriseront à leur tour les déterminants de la motivation.
Pour conclure, gardez en tête que les trois déterminants motivationnels demeurent des perceptions des membres de votre groupe-classe et que celles-ci peuvent varier d’une personne à l’autre. L’astuce réside peut-être, comme c’est souvent le cas, dans la communication claire de votre démarche pédagogique lorsque vous présentez une activité d’apprentissage.
Références
Renaud, K., Guillemette, F., & Leblanc, C. (2016). Tenir compte de la « zone proche de développement » des étudiants dans son enseignement. Le tableau, 5(1).
Viau, R. (1994). La motivation en contexte scolaire. Saint-Laurent : Éditions du Renouveau Pédagogique.
Viau, R., & Louis, R. (1997). Vers une meilleure compréhension de la dynamique motivationnelle des étudiants en contexte scolaire. Canadian Journal of Education/Revue canadienne de l’éducation, 144-157.
