L’évaluation orale
L’évaluation orale est un « exercice au cours duquel [la personne étudiante] doit fournir la preuve de son savoir ou déployer certaines habiletés pour résoudre un problème particulier, par une réponse justifiée ou un développement verbal, présenté devant une ou quelques [personnes évaluatrices] ou un auditoire plus vaste. » (Legendre, 2005)
Il ne faut pas confondre l’évaluation orale avec la présentation orale, où la personne étudiante fait la présentation d’un travail. Lors de l’évaluation orale, le temps est géré par une personne évaluatrice qui questionne la personne évaluée afin de valider l’atteinte des objectifs d’apprentissage. Ces objectifs peuvent être simples (comme se remémorer des concepts et des notions) ou complexes (comme expliciter sa pensée et porter un jugement éclairé sur une question éthique).
Dans cette page, vous trouverez :

Pourquoi évaluer oralement?
Les évaluations orales représentent ainsi une occasion d’adéquation entre le besoin d’évaluer de façon fiable l’atteinte d’objectifs d’apprentissage et celui de répondre aux besoins concrets du marché du travail, ce type d’évaluation se rapprochant davantage de la réalité professionnelle.
Une question d’intégrité
L’évaluation orale n’est pas ancrée dans les pratiques courantes de notre culture universitaire. Toutefois, l’avènement de l’intelligence artificielle générative (IAG) en fait désormais une option stratégique pour garantir l’intégrité académique, notamment grâce à sa dimension performative. L’évaluation orale demande en effet à la personne évaluée de « performer » de manière synchrone en répondant de manière claire et précise, et donc, de maitriser la matière.
Comment s’assurer qu’un travail de 15 pages n’a pas été généré en entier par l’IAG, que le travail d’une équipe soit le fruit d’une contribution équitable des membres qui la composent, que les réponses de l’examen à choix de réponse ne circulent pas?
Tout comme les autres formes d’évaluation performative (débat, simulation, jeu de rôles), l’évaluation orale vient répondre à plusieurs enjeux d’intégrité académique.
Évaluer des processus cognitifs supérieurs
L’évaluation orale permet de sonder la profondeur de la compréhension d’une personne étudiante, ce qui s’avère parfois impossible lors des évaluations écrites qui peuvent être réussies par mémorisation et qui ne permettent pas de question de relance.
L’interaction directe de l’évaluation orale amène les personnes étudiantes à aller au-delà de la simple récitation de faits. Elles peuvent avoir à expliquer le « pourquoi » de leurs raisonnements, et ainsi démontrer une maitrise approfondie des concepts plutôt qu’une simple capacité à appliquer des procédures ou des formules par mémorisation.
Comme le souligne une personne étudiante en génie mécanique :
« Dans certaines classes, vous pouvez mémoriser un processus, puis lors de l’examen écrit, vous pouvez vous contenter de calculer sans comprendre ce que vous faites… mais lors d’un examen oral, vous devez expliquer pourquoi vous faites ce que vous faites. »
(Traduit de Belkin, 2023, paragr. 16, tel que cité dans Mariano et al., 2024)
Comme personne évaluatrice, le dialogue que vous engagez avec la personne étudiante vous donne l’opportunité de poser des questions de suivi ou de clarification pour sonder son processus de pensée et, au besoin, identifier les lacunes dans sa compréhension (Mariano et al., 2024).
Des compétences recherchées
De son côté, le monde professionnel, en particulier dans le domaine de la gestion, exprime une demande croissante de personnes diplômées ayant de fortes compétences en communication orale.
Comme le démontre Polytechnique Montréal dans son article Integrating Oral Assessment in Engineering – A Program-Based Approach Focused on Student Competency Development (Cantin, J. et al., 2025)*, l’implantation d’une pratique d’évaluation orale permet non seulement de développer la capacité à bien s’exprimer oralement, mais également de développer tout le savoir-être professionnel.

* : Il sera beaucoup question de cet article dans cette page. La valorisation de l’évaluation orale à Polytechnique Montréal est inspirante, et HEC Montréal tient à le souligner.
Les 9 ingrédients du succès
Vous voulez développer une évaluation orale dans un de vos cours? Les membres du corps enseignant de génie mécanique de Polytechnique, Farand et Tavares, ont identifié neuf ingrédients du succès pour y arriver (2024).
Les huit premiers dépendent directement de la personne enseignante alors que le dernier dépend de l’ensemble de l’équipe enseignante du programme.
Préparation adéquate du contenu de l’évaluation

La première chose que la personne enseignante doit préparer est le contenu de l’évaluation, soit les questions à poser. Elle doit se demander si l’ensemble des notions à évaluer sera couvert et si le niveau de difficulté de chaque question est adéquat en fonction des compétences de son cours.
Bref, les questions doivent être alignées directement avec les compétences (ou les objectifs) du cours. C’est ce que l’on appelle l’alignement pédagogique, qui aura également une influence sur le format des réponses attendu.
Il est également important de se questionner sur le format de réponse attendu.
Les notions
Pour déterminer le contenu des questions, il est important de se demander ce que la personne évaluée doit démontrer lors de l’évaluation orale. Ici, un des enjeux importants est de s’assurer de l’équité entre les personnes étudiantes.
Un bon moyen d’y arriver est de créer une banque de questions pour chacune des notions ou sujets à couvrir et de n’en poser qu’une par catégorie pour chaque personne évaluée. Cette technique permet de limiter les risques de plagiat puisque chaque évaluation sera différente, tout en étant équitable.
Il est conseillé de prévoir un indice par question. Cela permet de poursuivre l’évaluation si la personne évaluée n’arrive pas à fournir une réponse, par exemple, à cause de la nervosité. La note attribuée pourrait en être affectée, mais, au moins, la personne évaluatrice aura la possibilité de valider la maitrise partielle de la compétence.
L’alignement pédagogique
Pour déterminer le niveau de difficulté d’une question, la personne enseignante doit se questionner sur l’objet réel de l’évaluation, soit le niveau de complexité de la compétence à évaluer. La question est rédigée afin d’atteindre ce niveau sans toutefois le dépasser.
Par exemple, la question « Que signifie chacune des lettres de l’acronyme FFOM? » vient valider la mémorisation de cette théorie alors que la question « Peux-tu me nommer deux forces de la compagnie X? » vient valider un niveau d’analyse grâce à cette théorie.
L’évaluation orale permet en effet d’évaluer des compétences de bas niveau (1-mémorisation, 2-compréhension, 3-application) et de haut niveau (4–analyse, 5-évaluation, 6-création) (Pearce and Lee, 2009).
Un autre avantage de l’évaluation orale est le potentiel de différenciation pédagogique. Il est en effet possible de préparer des questions avec des niveaux de difficulté différents, en s’ajustant au fur et à mesure en fonction des réponses, afin de pouvoir évaluer la profondeur de la compréhension ou du degré de maitrise de la personne étudiante.
Pour en savoir plus, consultez la page sur l’alignement pédagogique.
Format attendu des réponses
La formulation d’une question est importante puisque sa forme guide la personne évaluée vers une réponse. Une question fermée ou qui propose une réponse courte de style « oui ou non » encourage à répondre de manière brève, alors qu’une question ouverte telle que « décris-moi dans tes mots » encourage une réponse étoffée.
La personne évaluatrice voudra habituellement utiliser des formulations qui invitent au dialogue engagé entre la personne évaluée et la personne enseignante, et qui suggère des interactions naturelles, non scriptées, typiques du milieu professionnel.
Dans la majorité des cas, c’est la personne évaluatrice qui dirige l’échange lors de l’évaluation, mais dans certains cas de figure, l’évaluation orale pourra être menée par la personne évaluée si, par exemple, il s’agit de la présentation d’un projet, suivi d’une période de questions (Farand et Tavares, 2024).

Quatre dimensions de l'évaluation orale
Polytechnique Montréal
Pistes de réflexion
- Qu’est-ce que je veux évaluer exactement?
- Est-ce que mes questions me permettent d’évaluer l’ensemble des critères d’évaluation et de valider potentiellement l’atteinte des plus hauts niveaux des descripteurs des grilles?
- En fonction de ce que je veux évaluer, est-ce moi ou les personnes étudiantes qui doivent mener la conversation lors de l’évaluation?
- Quels en seraient les avantages?
- Quels en seraient les inconvénients?
Préparation adéquate des personnes étudiantes

Comme tout examen, l’évaluation orale peut être source de nervosité. C’est d’ailleurs le défi le plus fréquemment cité. De nombreuses personnes étudiantes, peu habituées à ce format, rapportent des niveaux de stress et d’anxiété élevés (Stephenson et al., 2025; Akimov & Malin, 2020).
Cette anxiété peut être exacerbée pour les personnes qui bénéficient normalement de mesures d’accommodement. L’une d’elles a commenté : « La modalité de l’examen oral ne permet pas aux personnes étudiantes qui reçoivent normalement du temps supplémentaire de le recevoir. […] je me suis senti désavantagé, et cela a en fait augmenté mon niveau de stress » (Cantin et al., 2025)
Étant donné que cette pratique évaluative est encore peu utilisée, il est possible qu’il s’agisse d’une première expérience pour plusieurs personnes étudiantes. Il est donc important de les préparer, de les rassurer : c’est la clé pour réduire le stress.
Une bonne préparation signifie d’abord et avant tout une bonne communication, en amont, des « règles du jeu », c’est-à-dire de tous les éléments entourant cette activité d’évaluation. Les éléments suivants doivent être clairement communiqués :
Avant
Pendant
Après
Un bon moyen pour diminuer la nervosité et les questionnements entourant l’évaluation orale est de diffuser une vidéo de démonstration ou de faire une simulation en classe avec une autre personne enseignante ou auxiliaire d’enseignement qui joue, pour l’occasion, le rôle de la personne étudiante. D’autres stratégies incluent les séances de pratique entre pairs et la fourniture d’une banque de questions à l’avance (Cantin et al., 2025; Stephenson et al., 2025).
Ce qui se fait à HEC Montréal
Simulation d’une évaluation orale
Pistes de réflexion
- Est-ce que les membres de ma classe ont déjà fait une évaluation orale?
- Comment puis-je diminuer le niveau de nervosité et les incertitudes?
- Quoi, comment et quand communiquer les informations sur l’évaluation?
- Si je prévois recevoir un nombre important de questions, dois-je ouvrir un forum de discussion ou préparer une foire aux questions (FAQ)?
- Comment s’assurer d’une gestion simple et efficace des horaires? Notez que cette question est cruciale. Nous avons constaté qu’il est particulièrement difficile de rejoindre efficacement l’ensemble des membres d’un groupe-classe lors des cours asynchrones à distance.
Prévision du déroulement de l’évaluation

Une bonne prévision du déroulement de l’évaluation est essentielle afin de :
- S’assurer que tout se passe bien
- S’assurer de pouvoir communiquer les éléments essentiels aux personnes étudiantes et évaluatrices à l’avance
- S’assurer d’une similarité du format de l’évaluation et de l’équité
- Éviter les pépins techniques en cas d’évaluation à distance
Voici une liste non exhaustive des éléments à considérer pour favoriser un bon déroulement de l’évaluation :
Réflexion sur l’horaire
Lors de la prévision d’une évaluation orale, il est important de prévoir un horaire bien planifié. Combien de temps accorder à chaque évaluation et à chaque bloc d’évaluation?
Cela peut paraitre contre-intuitif, mais l’évaluation n’a pas besoin d’être longue pour que la personne évaluatrice puisse se faire une bonne idée de la maitrise ou non des notions et de la richesse des réponses.
En ce qui concerne la durée d’une évaluation, il faut en général prévoir un minimum de 10 minutes. Cette plage permet d’accueillir la personne évaluée, de poser environ trois questions à développement et de conclure l’évaluation. Il est possible de prévoir plus de temps si plus de notions (et donc de questions) sont au menu.
Il est également important de se réserver une courte période à la fin de l’échange afin de demander à la personne évaluée si elle a des éléments qu’elle souhaite clarifier ou corriger.
Prévoyez également des pauses entre chaque personne évaluée pour réviser et compléter vos notes, et réviser la grille d’évaluation, et pour gérer les retards potentiels.
En ce qui concerne le bloc d’évaluation, il ne faut pas sous-estimer les effets de la fatigue sur l’attention et l’humeur de la personne évaluatrice. Un bloc de trois heures semble être le maximum pour s’assurer d’un niveau d’attention soutenu et d’une équité entre les évaluations. Planifiez vos blocs selon votre capacité de concentration.
Horaire et accommodements
Comment bien gérer le temps des personnes ayant droit à du temps supplémentaire pour ses évaluations?
Avant de répondre à la question, il est important de comprendre que le temps supplémentaire est donné à une personne en fonction de la situation de handicap dans un but d’équité. Si les modalités d’évaluation changent, les accommodements peuvent changer aussi.
- Une personne ayant droit à du temps supplémentaire pour une évaluation écrite (par exemple, pour pallier une dyslexie ou une dysorthographie) n’aura peut-être pas besoin de ce temps pour une évaluation orale.
- Une personne n’ayant pas droit à du temps supplémentaire pour une évaluation écrite pourrait avoir droit à du temps supplémentaire pour une évaluation orale (par exemple, pour pallier un bégaiement).
Pistes de solution
Il reste possible de réduire le nombre de questions ou d’augmenter le temps pour respecter les mesures d’accommodement. Vous pourriez permettre à la personne étudiante de prendre plus de temps pour rédiger le plan de sa réponse au besoin.
Pour en savoir plus sur les accommodements, consulter le microsite Accommodements en contexte d’évaluation.
Pistes de réflexion
- Est-ce que je peux/veux évaluer à distance ou en présence?
- Combien de temps par évaluation, par question?
- Je peux rester concentré pendant combien de temps?
- Quels outils technologiques dois-je prévoir?
Préparation d’un outil de notation simple

Une évaluation orale demande un outil de notation suffisamment simple pour permettre à la personne évaluatrice de le remplir facilement tout en considérant qu’elle doit également gérer simultanément les éléments suivants :
- Formuler clairement les questions et les indices, au besoin
- Écouter activement les réponses des personnes évaluées
- Gérer le temps
Grille de correction
Une grille d’évaluation simple et efficace présente un nombre restreint de critères et d’échelons pour assurer la cohérence, la transparence et l’objectivité du jugement, surtout s’il y a plusieurs personnes évaluatrices qui participent à l’exercice.
Elle doit permettre à la personne évaluatrice de juger rapidement et efficacement de chaque réponse tout en s’assurant que les personnes étudiantes comprennent bien les attentes (Rawls et al., 2015; Stephenson et al., 2025).
Par exemple, l’évaluation orale individuelle en 2e année à Polytechnique Montréal est notée à l’aide d’une échelle de lettres basée sur une grille d’évaluation holistique.
- Chaque membre de l’équipe enseignante attribue une note littérale à chaque personne étudiante, et la moyenne des notes est convertie en pourcentage.
- Cette grille définit la performance observée pour chaque note (A, B, C, D, F). Par exemple :
- La note A est attribuée si la personne évaluée répond très bien et sans hésitation, démontrant une excellente compréhension de tous les concepts.
- La note D est attribuée si la personne évaluée répond avec difficulté et fait plusieurs erreurs significatives, montrant un manque de confiance et de compréhension des concepts importants.
Pour en savoir plus, consultez la page sur la grille d’évaluation.
Ce qui se fait à HEC Montréal
Exemple tiré du cours PROJ20410 Management en gestion de projets par Jean-François Pilon
Pistes de réflexion
- Quel sera mon outil d’évaluation?
- Est-il à la fois assez simple à utiliser et assez précis pour être valide?
- Permet-il de vérifier ce que je veux évaluer?
- Permet-il de communiquer efficacement une rétroaction?
Préparation de l’environnement

Que l’évaluation se déroule en présentiel ou en virtuel, la personne évaluatrice doit prévoir la logistique entourant la rencontre. Voici une liste des choses à prévoir en fonction du mode d’évaluation.
Évaluation en présentiel
Évaluation à distance
Un mot sur l’enregistrement à distance
Lorsque vient le choix de l’application d’enregistrement, aucune solution n’est parfaite. Voici les avantages et les inconvénients des applications gérées disponibles à HEC Montréal.
Avantages
- Simple d’utilisation
- Ne partage pas automatiquement la vidéo avec la personne évaluée
Inconvénient
- Demande une installation sur le poste informatique via le service informatique
- Aucun enregistrement infonuagique (cloud)
Procédure
- Installer l’application Snagit (demander au service informatique de HEC Montréal)
- Changer les paramètre suivant dans l’onglet « Vidéo »
- Enregistrement vidéo de l’écran (fenêtre)
- Micro (son de la personne évaluatrice)
- Son du système (micro de la personne évaluée)
- Démarrer l’enregistrement
Avantages
- Enregistrement infonuagique
Inconvénient
- Peu intuitif
- Installation de l’application requise
- Obligation de bien vérifier les paramètres d’enregistrement à chaque utilisation
Procédure
- Accéder à l’application en ligne https://hecmontreal.yuja.com, télécharger et intaller l’application
- Sélectionner les paramètres d’enregistrement suivants :
- Micros : (1-le micro de la personne évaluatrice, 2-la capture du son de l’ordinateur pour le son de la personne évaluée)
- Écran (choisir l’écran de la plateforme de conférence)
- Démarrer l’enregistrement puis l’arrêter à la fin de la rencontre
- Au besoin, consulter la page d’aide technique de la DAIP.
Avantages
- Solution très simple d’utilisation, intégrée à la plateforme de conférence
Inconvénient
- Dans le cas de Teams, partage de l’enregistrement automatique avec la personne évaluée
Procédure
- Lancer l’enregistrement lors de l’évaluation
Pistes de réflexion
- Est-ce que je peux faire l’évaluation en présentiel (disponibilité des locaux et des personnes évaluées)?
- Si mon évaluation se déroule en mode virtuel, ai-je pensé à tous les aspects techniques?
- Est-ce que j’ai pensé à tous les aspects de gestion d’horaire?
Adoption d’une posture bienveillante

Le moment de l’évaluation risque d’être anxiogène pour beaucoup de personnes étudiantes, surtout pour celles qui n’ont jamais connu ce type d’évaluation.
La personne évaluatrice se doit d’adopter une posture bienveillante lors de la rencontre, notamment parce que le ton, la posture et les réactions non verbales de la personne évaluatrice peuvent avoir une influence sur la confiance de la personne étudiante (Cantin et al., 2025). Cela signifie adopter une posture d’accueil, un ton rassurant et un langage non verbal apaisant.
Qu’entendons-nous exactement par « posture bienveillante »?
Selon Réto (2018), la posture bienveillante signifie :
La posture de bienveillance signifie que la personne évaluatrice doit permettre à la personne évaluée d’être à son meilleur lors de l’évaluation orale.
Il est parfois possible d’adopter une posture différente dans le cas d’un jeu de rôle, par exemple. Dans ce cas, cette information doit être clairement communiquée et comprise par les personnes évaluées.
La divulgation d’indices
Dans le cas d’une évaluation de type performatif telle une évaluation orale, tout se passe « en direct ». La personne évaluée ne peut pas faire comme dans un examen écrit et décider de sauter par-dessus une question en se disant qu’elle pourrait y revenir plus tard.
Il est recommandé d’encourager la personne nerveuse ou celle qui a un trou de mémoire. Il est même conseillé de fournir un indice à la personne qui serait incapable de répondre à une question afin de pouvoir valider ou invalider une atteinte partielle de l’objectif. La notion de « formulation d’indice » peut d’ailleurs être présente dans la grille de correction.
Exemple de grille d’évaluation prenant en considération la formulation d’indices.
Polytechnique Montréal (traduction libre de Cantin et al., 2025).
A
La personne étudiante répond très bien à la question et sans hésitation. Elle démontre une compréhension profonde de tous les concepts.
B
La personne étudiante répond bien à la question malgré la présence d’erreurs mineurs ou d’inexactitudes. Il y a quelques hésitations. Un petit indice a été donné. Elle démontre une bonne compréhension de la majorité des concepts.
Pistes de réflexion
- Comment une posture de bienveillance peut m’aider à bien évaluer?
- Est-ce bénéfique de formuler au besoin des indices lors de cette évaluation orale afin de pouvoir valider une atteinte partielle? Si oui, comment et quand les formuler afin de s’assurer d’une équité?
Adoption d’une démarche dans le dialogue

L’une des forces de l’évaluation orale est son format qui permet un réel dialogue entre la personne évaluatrice et celle évaluée. Oui, il est possible de poser des questions fermées de style « réponses courtes » ou « vrai ou faux », mais se limiter à ce type de questions écarte du même coup les plus grands bénéfices de l’évaluation orale.
Adopter une démarche dans le dialogue en utilisant des questions ouvertes et des questions de relance permet non seulement d’aller valider l’apprentissage des notions d’un cours, mais aussi de s’intéresser à la profondeur de cet apprentissage.
Est-ce que le concept est maitrisé de manière superficielle, en totalité ou même en dépassant les attentes du cours? Est-ce que la personne évaluée est capable de verbaliser clairement son raisonnement, de débattre, d’expliciter sa pensée, d’argumenter, de défendre une position si elle est mise au défi? Le dialogue est un outil d’évaluation très puissant.
Dans le cas où l’évaluation orale prend non pas la forme d’une série de questions, mais plutôt celle d’une présentation d’un projet, le dialogue permet à la personne évaluée d’expliciter sa démarche, les raisons sous-jacentes qui l’ont poussée à prendre une direction plutôt qu’une autre, d’évaluer la capacité à défendre l’ensemble de son raisonnement ou à vendre une idée à sa clientèle.
Une préparation au milieu professionnel
L’évaluation orale simule des scénarios professionnels authentiques : défendre un projet, justifier des choix techniques, répondre à des questions impromptues lors d’une réunion ou passer un entretien d’embauche (Cantin et al., 2025; Mariano et al., 2024). Cette pratique aide les personnes en apprentissage à réagir rapidement, à organiser leurs idées de manière cohérente et à gérer le stress dans un contexte de performance.
Une étude a montré que les personnes étudiantes perçoivent les évaluations orales comme pertinentes sur le plan professionnel pour renforcer la confiance et développer des compétences critiques (Mariano et al., 2024, citant Burke-Smalley, 2014).
Pistes de réflexion
- Quels avantages puis-je tirer d’une évaluation permettant le dialogue? Comment en tirer le maximum?
- Comment m’assurer de bien gérer le temps dans un dialogue?
- Est-ce que je dois être davantage dans une position d’écoute de réponses longues ou de formulation de plusieurs questions de suivi?
Livraison d’une rétroaction riche

Comme pour toute évaluation, la livraison d’une rétroaction riche présentant des pistes d’amélioration est souhaitable dans le but de guider les personnes étudiantes dans leur processus d’apprentissage de l’évaluation orale. Cette démarche s’inscrit dans une perspective d’amélioration continue qui peut s’échelonner sur l’ensemble d’un programme et encourager les personnes étudiantes à s’engager dans des stratégies d’apprentissage plus profondes.
Que la rétroaction soit donnée par la personne enseignante ou par les pairs, elle doit être communiquée rapidement et de manière constructive. Elle peut prendre la forme d’un retour collectif en classe, d’un courriel personnalisé ou d’une rencontre individuelle (Cantin et al., 2025; Stephenson et al., 2025).
Pour en savoir plus sur ce sujet, consultez la page sur la rétroaction efficace et celle sur l’évaluation par les pairs.
Pistes de réflexion
- Sous quel format fournir une rétroaction riche sans alourdir ma tâche de travail?
- Est-ce que les membres de la classe doivent ou peuvent participer? Est-ce que cela pourrait favoriser leur apprentissage?
Implantation de la démarche au niveau du programme

L’implantation de l’évaluation orale dans une démarche au niveau du programme est sans aucun doute une démarche souhaitable. Bien évidemment, cette démarche d’implantation ne peut reposer sur les épaules d’un seul membre du corps enseignant. Il s’agit d’une action concertée entre tous les membres d’un même programme.
L’exemple d’implantation au Département de génie chimique de Polytechnique Montréal (Cantin et al., 2025) est inspirant. Lors de son parcours universitaire, chaque personne étudiante aura cinq évaluations orales : une à chaque année de sa formation de 4 ans et une supplémentaire lors de la dernière année. La complexité de la tâche est croissante et les formes sont variées :
- De façon individuelle ou en équipe
- Entrevues dirigées ou présentations de projets
- Menées par la personne évaluatrice ou évaluée
- Présentées devant des personnes enseignantes ou des partenaires externes
L’implantation de cette démarche d’évaluation orale a permis aux personnes étudiantes dans ce programme de développer leurs compétences liées directement avec leur domaine d’étude, mais également leurs compétences communicationnelles. Pour preuve, les commentaires des partenaires externes qui soulignent cette force et le classement plus qu’enviable lors de compétitions étudiantes.
Une personne du corps enseignant qui voudrait mettre en place une démarche d’évaluation orale à travers un programme devrait avoir une discussion ouverte avec ses collègues et les membres de sa direction.
Pistes de réflexion
- Sous quel format fournir une rétroaction riche sans alourdir ma tâche de travail?
- Est-ce que les membres de la classe doivent ou peuvent participer? Est-ce que cela pourrait favoriser leur apprentissage?
Avantages liés aux évaluations orales
Le principal avantage de l’évaluation orale, ou du moins, l’avantage lié à l’enjeu actuel de l’IAG, est celui d’assurer l’intégrité intellectuelle. Comme la personne évaluée doit répondre immédiatement et oralement à des questions qui lui sont posées, il devient très difficile, voire impossible, de faire appel à un outil d’IAG. Cet avantage n’est pas limité à l’évaluation orale, mais bien à toutes formes d’évaluation performative tel que l’explique Martine Peters dans sa conférence sur l’IA et l’intégrité académique.
Les évaluations orales permettent d’évaluer des compétences cognitives de haut niveau (analyse, évaluation, création) et d’évaluer les connaissances, la compréhension et l’application de concepts complexes et abstraits pour la prise de décision et la résolution de problèmes (Pearce and Lee, 2009).
Les évaluations orales permettent davantage d’authenticité en se rapprochant de situations professionnelles réelles (présentation d’un projet, défense d’un argument, entretien, débat, vulgarisation auprès d’un public varié). Elles permettent aux personnes étudiantes d’appliquer la théorie à la pratique. Elles doivent appliquer les mêmes compétences que celles dont elles auront besoin de maitriser sur le marché du travail (Mesny et al., 2025), plutôt que de se limiter à ce qui leur a été enseigné (Borin et al., 2008). Si on en croit des témoignages de personnes étudiantes, celles-ci se préparent davantage pour ce type d’évaluation.
Contrairement à l’évaluation écrite traditionnelle, l’évaluation orale permet également de poser des questions de suivi pour approfondir une réponse imprécise en plus de permettre la rétroaction immédiate.
Puisque la grille de correction est remplie au moment de l’évaluation, le temps de correction est considérablement réduit.
Finalement, les évaluations orales peuvent représenter un format plus inclusif, par exemple pour des personnes pour qui l’écriture peut comporter une part de défi supplémentaire (pour les personnes dyslexiques, dysorthographiques ou allophones). Elles permettent de reconnaitre que la compétence des futures personnes diplômées ne passe pas uniquement par la maitrise de l’écrit, mais aussi par la capacité à communiquer, à argumenter et à interagir.
Points de vigilance
L’évaluation orale présente plusieurs défis que la personne enseignante doit prendre en compte avant d’opter pour ce choix. En effet, l’enjeu n’est pas de trouver une solution parfaite (il n’y en a pas, et l’évaluation orale n’est pas parfaite non plus), mais bien de déterminer si les défis de l’évaluation orale sont plus facilement acceptables et gérables que ceux des autres formes d’évaluation. Bref, en considérant les défis à gérer, l’évaluation orale offre-t-elle une piste pragmatique qui vous permet d’avancer?
Dans un premier temps, puisque ce type d’évaluation peut générer un niveau de nervosité élevé, il est important de prendre le temps d’expliquer son déroulement en amont.
La préparation et la réalisation de cette activité demandent généralement plus de temps et d’efforts qu’une évaluation écrite :
- Si l’évaluation est en ligne, il faudra programmer une série de rencontres sur une plateforme virtuelle.
- Il faudra prévoir des plages additionnelles pour les personnes ayant un problème technique, à moins que l’évaluation soit considérée comme un examen.
- Si la plage de l’évaluation est laissée au choix de la personne évaluée, il faudra prévoir un outil technologique (comme Bookings) afin d’établir l’horaire, et d’effectuer des rappels au besoin.
Sur le plan de la fiabilité, l’évaluation orale soulève également des enjeux liés aux biais de correction, tels que l’effet de halo, la tendance centrale, le genre ou l’apparence de la personne évaluée, ou encore l’effet Pygmalion. Pour cette raison, il est fortement conseillé d’avoir deux personnes évaluatrices afin de bénéficier d’un second regard sur la performance de la personne évaluée. Si cela n’est pas possible, l’évaluation doit être enregistrée à des fins de contestation éventuelle de la note.
Point de vue du corps enseignant

Marine Agogué, professeure titulaire, Département de management
Bonjour ! Je vous partage mon expérience d’évaluation orale pour le cours 60450 Attitude réflexive en management, un cours de maitrise où il y avait 23 personnes étudiantes.
Ce que j’ai fait
J’ai mis en place une évaluation orale basée sur une analyse de cas. Les membres de la classe avaient accès à tout leur matériel papier : leurs notes, le manuel du cours, tout ce qu’ils jugeaient utile… mais pas à leur ordinateur ni à leur téléphone.
En ce qui concerne l’analyse de cas, les personnes évaluées devaient travailler avec trois grilles d’analyse, chacune liée à une thématique de management. Pour l’évaluation orale, les questions de l’évaluation portaient précisément sur ces trois grilles. Les personnes évaluées savaient à l’avance que c’est sur ça qu’elles seraient évaluées.
Côté organisation praticopratique
- Salle A : Les personnes évaluées arrivaient une à une à chaque 10 minutes dans la salle A. Chacun disposait de deux heures pour préparer leur cas. Une personne autre que moi assurait la surveillance de cette salle.
- Salle B : À la fin de chaque évaluation de 10 minutes, j’allais chercher la prochaine personne à être évalué pour l’amener dans la salle B où avait lieu l’évaluation orale. Il y avait donc un roulement continu, avec un ordre de passage préétabli. Les évaluations étaient enregistrées.
Mon outil de mesure
Pour l’évaluation, j’avais préparé une grille :
- 10 critères par concept, pour chacun des trois concepts → 30 critères au total,
- plus 5 critères transversaux (qualité de la communication, clarté, etc.).
Chaque critère était évalué de façon binaire : atteint / non atteint. Finalement, ça donnait une note sur 35. J’ai aussi ajouté des commentaires qualitatifs, en partie à partir des notes prises pendant l’oral, et en partie après réécoute de certains enregistrements.
À la fin de leur passage, les personnes évaluées devaient me laisser leur cas, pour éviter qu’il circule auprès de ceux qui n’étaient pas encore entrés en salle de préparation.
Ce que j’en ai pensé
Globalement, l’expérience a été très positive. Les membres de ma classe ont eu l’air d’avoir beaucoup apprécié la formule. Plusieurs m’ont dit qu’ils avaient vraiment eu l’impression d’être évalués sur des choses pour lesquelles ils étaient préparés. On avait travaillé ces grilles d’analyse plusieurs fois pendant le cours, donc ils ne se sont pas sentis pris au dépourvu.
De mon côté, j’ai beaucoup aimé le format, parce que ça m’a permis d’évaluer la vraie capacité des membres de la classe à comprendre une situation de gestion, à l’analyser sans aide extérieure, et à mobiliser différentes grilles d’analyse pour en tirer du sens. J’ai aussi eu le sentiment d’accéder à leur compréhension réelle du cas.
Sur le plan du temps, j’ai trouvé que 10 minutes d’oral suffisaient, et que deux heures de préparation étaient adaptées, même pour un cas d’environ 8 à 10 pages. Sur les 23 personnes évaluées, une seule a rencontré quelques difficultés lors de l’évaluation orale, surtout en lien avec le stress. De mon côté j’ai toujours réussi à couvrir l’ensemble des éléments que je voulais évaluer dans le temps imparti.
Ce que je ferais différemment la prochaine fois
- Prévoir plus de pauses. J’avais organisé les passages toutes les 10 minutes, sans interruption, ce qui veut dire que pendant environ 3h30, les étudiants se sont enchaînés sans arrêt. Clairement, ce n’est ni humain ni une bonne idée. La prochaine fois, je ferai sans doute une pause toutes les heures. 6 × 10 minutes d’oraux, puis 10 minutes de pause, à la fois pour souffler et pour compléter mes notes plus tranquillement.
- Clarifier la marche à suivre en cas de problème. Maladie, retard, malaise, hypoglycémie… ce sont des choses auxquelles je n’avais pas assez réfléchi, et qui méritent un cadre clair qui reste à définir et à communiquer avant l’évaluation aux membres de ma classe.
- Donner des exemples de questions avant l’évaluation. Je pense que pour certaines personnes, le stress venait du fait qu’elles ne savaient pas exactement quel type de question j’allais poser. Or, ce qui m’intéresse vraiment, c’est leur capacité à analyser un cas, pas celle à découvrir une question sur le moment. Je pourrais même partager de réelles questions à l’avance ce qui permettrait de réduire l’anxiété sans diminuer l’exigence de l’évaluation puisque le cas sera différent – je vais tester ça la prochaine fois.
En conclusion
L’évaluation orale ouvre des perspectives stimulantes pour l’enseignement universitaire et représente une possible solution dans un contexte d’enseignement à l’ère de l’IAG. En mettant l’accent sur la communication, l’argumentation et la réactivité, elle prépare les personnes étudiantes à des contextes professionnels variés. Son intégration dans un programme représente un défi certain, mais une réflexion sur le sujet demeure nécessaire dans un désir d’évaluer autrement.
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